Préparation du muguet chez un horticulteur francilien

Le 1er mai est inévitablement associé au muguet, et pour un horticulteur cela  s’anticipe : il faut que les belles tiges se parent de ses fleurs en clochettes juste à temps. C’est un court créneau qui est délicat : trop tôt, le muguet est encore vert, et trop tard, les clochettes trop épanouies vont rapidement dépérir. Les clients n’en voudront plus, ils jugeront les fleurs abîmées, on dit qu’elles sont « rouillées ». L’enjeu est donc de produire le muguet parfait, à savoir de belles feuilles bien vertes, et une tige droite, avec une partie des clochettes déjà fleurie et l’extrémité non encore épanouie.

« Les français dépensent environ 33 millions d’euros pour le muguet du 1er mai« 
C’est un enjeu économique crucial pour l’horticulteur, puisque la plupart des clients vont vouloir acheter le muguet uniquement le 1er mai. Or, chacun sait qu’on ne peut pas donner de rendez-vous aux plantes : certains plants vont se développer plus tôt, d’autres plus tard.

Pour réussir à produire du muguet prêt pour le 1er mai, il existe plusieurs techniques. Certains producteurs s’y spécialisent, car c’est un travail de longue haleine qui a l’inconvénient de monopoliser de grandes surfaces de culture pendant plusieurs années (ce n’est que la 3e année que le muguet planté donne ses premières fleurs).

D’autres horticulteurs, non spécialisés sur le muguet, se positionnent tout de même sur ce créneau pour diversifier leur production : c’est un moyen d’assurer un revenu complémentaire en cas de coup dur, car la production horticole est soumise à bien des aléas.

Nous avons rencontré Xavier Désiré, producteur rosiériste en Ile-de-France, qui a choisi de travailler sur le muguet major, dit « muguet de Hambourg », plus adapté au forçage que le géant français (cultivé essentiellement dans la région de Nantes).  Ces deux cultivars sont dérivés du muguet des bois. Le major produit des clochettes généreuses et bien parfumées.

Les producteurs du Nord de l’Allemagne se sont spécialisés dans cette culture. Les « griffes » sont cultivées pendant deux ans en terre sableuse, puis arrachées et triées pendant l’hiver. Elles sont livrées congelées dans des caisses recouvertes d’une sorte de tourbe. Le maintien au froid est nécessaire pour maintenir la griffe en dormance.

Une fois les caisses décongelées, il faut séparer les griffes et les transplanter dans des pots. Les griffes sont triées par qualité, il faut ensuite les placer dans le pot en tassant le terreau sableux le plus possible pour que les tiges restent droites : c’est une opération qui ne peut être faite que manuellement. Les formats de pots sont variés pour répondre aux différentes demandes : quantité de tiges, et qualité du pot. C’est un travail assez fastidieux puisqu’il faut transplanter à la main plusieurs dizaines de milliers de griffes pour préparer les milliers de pots qui seront proposés à la vente.

Les griffes ainsi transplantées, on peut débuter l’opération qui permettra de s’assurer que la floraison sera optimale le 1er mai : il s’agit de « forcer » la floraison, en plaçant le végétal dans des conditions telles qu’il va presque automatiquement démarrer son processus de floraison.

La recette est la suivante : il faut de l’air chaud (22 degrés, on simule les beaux jours) et de l’obscurité. Les 10 premiers jours, l’air s’est réchauffé, mais la griffe ne reçoit pas de lumière : elle pense qu’il est temps de « sortir » de la terre, et déclenche donc sa montée en tige. Au bout de 10 jours, on retire les bâches pour déclencher la photosynthèse : la tige verdit. Dès que les premières fleurs apparaissent, on baisse la température de l’air pour freiner la floraison, et caler son muguet sur le premier mai. L’opération dure environ 20 jours.

Il faut surveiller l’opération de prêt : si le noir n’est pas complet, les tiges ne seront pas belles (elles vont se tordre vers la lumière, ou arrêter leur croissance). Il faut également vérifier que l’air est bien ventilé, mais pas trop pour ne pas que le substrat sèche trop rapidement (c’est une plante de sous-bois). Il faut aussi arroser quotidiennement, en prenant soin de ne pas abîmer les fleurs qui sont très fragiles.

Rendez-vous dans quelques jours pour découvrir le résultat.

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